Un Enfer du Nord pas comme les autres

Les coureurs, les suiveurs et les fans s’en souviendront longtemps. La 118ème édition de Paris-Roubaix a ce dimanche offert un spectacle mémorable, notamment en raison des conditions climatiques exécrables auxquelles les coureurs ont dû faire face durant la journée. C’est en effet maculés de boue que les plus vaillants – et vernis – d’entre eux ont rejoint le vélodrome de Roubaix après 257 kilomètres éreintants. Pour sa première chez les pros, Clément Davy s’est joliment fait remarquer avant de couper la ligne en 35e position, dans la roue de son coéquipier Arnaud Démare.

« La poisse n’a pas quitté Stefan », Frédéric Guesdon

Neuf-cents trois jours. C’est la durée de l’attente, interminable, qui a séparé les amoureux de la petite reine de la Reine des Classiques. Après deux ans et demi, ce dimanche 3 octobre sonnait donc enfin le retour de l’Enfer du Nord qui, pour l’occasion, portait encore mieux son nom. Depuis quelques jours, suiveurs, coureurs et équipes scrutaient avec attention les prévisions météo de ce Paris-Roubaix version 2021. Et depuis quelques jours, tout semblait indiquer que la pluie viendrait s’abattre sur le peloton, et sur les secteurs pavés de l’épreuve. Mais la pluie n’a pas attendu les coureurs et s’est écoulée en abondance durant la nuit, laissant ainsi présager d’une course hors du commun sur un événement qui n’avait plus connu pareilles conditions depuis près de deux décennies. La pluie était encore battante au départ, mais cela n’a aucunement refroidi les esprits, d’autant que beaucoup avaient dans l’intention de prendre un coup d’avance ce jour. Plusieurs cadors sont ainsi sortis de leur réserve dans la première heure, mais la véritable brèche s’est ouverte après une quarantaine de kilomètres et Stefan Küng se glissait dans un coup de trente-et-un. La situation était idéale, l’écart a rapidement dépassé la minute, mais le Suisse a par la suite été écarté de la tête de la course. « Malheureusement pour nous, il a été victime d’une chute dans la traversée de Saint-Quentin, relatait Frédéric Guesdon. Il a donc été repris par le peloton, mais ce n’est pas pour autant que sa course était finie ».

Le Suisse s’est ainsi remobilisé avant l’approche du premier secteur pavé, à Troisvilles, mais est de nouveau allé au sol en compagnie de Jake Stewart alors que tous deux occupaient les premières positions du peloton. « Je l’ai attendu, on était dans les voitures dans le premier secteur, et on a réussi à remonter groupe après groupe, racontait Clément Davy. Au final, je me suis retrouvé dans la bonne grappe avec Arnaud mais on a malheureusement perdu Stefan qui a subi une nouvelle chute, sur les pavés ». « La poisse ne l’a pas quitté, tranchait Frédéric. Chuter trois fois, c’est un vrai coup dur au moral, et à ce niveau-là ça ne pardonne pas. C’est une déception car il était bien physiquement et je pense qu’il avait les moyens de réaliser quelque chose de bien ». Dès lors, les espoirs de la Groupama-FDJ ont reposé sur les épaules de Clément Davy et Arnaud Démare, présents dans un peloton déjà réduit à une quarantaine d’unités à la mi-course, alors qu’une vingtaine de concurrents jouissaient encore de leur coup d’avance. Parmi les favoris, la bagarre s’est véritablement enclenchée sur le secteur de Haveluy, précédant la célèbre Trouée d’Arenberg. Mathieu van der Poel a fait exploser le peloton, qui ne s’est que partiellement reconstitué, par petites grappes, un peu plus loin. Clément Davy a d’abord fait son retour, à environ 80 kilomètres du but, avant qu’Arnaud Démare ne raccroche le bon wagon peu après. Les deux hommes se sont alors accrochés parmi les derniers rescapés du peloton, à travers les secteurs glissants et boueux, mais ont été contraints de laisser filer les plus costauds à près d’une cinquantaine de kilomètres de l’arrivée.

« J’ai trouvé la course pour laquelle je pédale chaque jour », Clément Davy

Alors seul en tête, Gianni Moscon a longtemps semblé en mesure de rejoindre le vélodrome en vainqueur, avant qu’une crevaison et qu’une chute ne le stoppent dans sa quête. Mathieu van der Poel, Sonny Colbrelli et Florian Vermeersch ont donc revu l’Italien dans les vingt derniers kilomètres, et ce même trio s’est joué la victoire au sprint à l’arrivée. Sonny Colbrelli l’a alors emporté tandis que Arnaud Démare et Clément Davy terminaient plus tard roue dans roue aux 34e et 35e places du jour. « C’était une journée dantesque, témoignait le Picard. Pour moi, ça s’est malgré tout assez bien passé puisque je n’ai pas crevé et je ne suis pas tombé. En revanche, c’était un vrai numéro d’équilibriste pour rester sur le vélo qui partait dans tous les sens. À 50 kilomètres de l’arrivée, on était tous épuisés et puis ça s’est fait à la pédale. Les conditions du jour ont rendu la course encore plus dure que de coutume ». Le jeune Mayennais savourait pour sa part sa première arrivée sur le vélodrome, parmi les grands, après une course admirable. « Je pense que c’est la distance qui a eu raison de moi aujourd’hui, disait-il. Mais j’ai tout donné et j’ai essayé de ne rien lâcher. C’était grandiose. J’ai pris plaisir à chaque kilomètre, même sur la fin. Dans le dernier secteur, j’avais mal partout mais je savais que j’allais devoir attendre un an pour revoir ces pavés, donc j’en ai profité. C’était en plus une édition historique. Si je ne l’avais pas terminée, j’aurais eu le coeur lourd. Je suis ravi de franchir la ligne. J’ai trouvé la course pour laquelle je pédale chaque jour. J’avais dit à mon équipe que les pavés du Nord me correspondaient. J’avais prouvé à Denain que j’avais ma place ici et je pense que je peux faire quelque chose sur Paris-Roubaix. Je rêvais, gamin, d’être ici sur le vélo avec les meilleurs. C’était énorme, et j’espère pouvoir le revivre. J’ai déjà hâte d’y retourner ».

À l’issue de l’épreuve, Frédéric Guesdon livrait son bilan, en demi-teinte, d’un Paris-Roubaix légendaire. « On s’attendait à ce que ce soit épique, glissait-il. On s’attendait à une grande journée, et on l’a eu. Maintenant, c’est toujours décevant pour une équipe comme la nôtre de ne pas faire un gros résultat sur Paris-Roubaix. C’est un vrai rendez-vous pour nous, et on ne peut pas dire qu’on soit satisfait à 100% ce soir. Quant à Clément, il nous en parlait depuis longtemps. Il nous avait surpris à Denain et s’est avéré l’un de nos meilleurs éléments aujourd’hui. Il m’a un peu surpris, c’est vrai. Il a qui plus est été le premier de l’équipe à crever, il est venu chercher des bidons, et se retrouve bien placé malgré tout. Il a simplement eu du mal à passer le cap des 200 kilomètres, mais c’est aussi logique dans sa première année en WorldTour. Il ne faut pas qu’il s’arrête là, il y a énormément de boulot à fournir pour figurer au premier plan sur Roubaix. Mais on va retenir cela : qu’il a le potentiel pour aller plus loin encore ».

— Alexandre to www.equipecycliste-groupama-fdj.fr