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Attila Valter et la Groupama-FDJ voient la vie en rose

Sur le Giro ce jeudi, une sixième étape dantesque a conduit à une journée tout simplement historique. Porteur du maillot blanc de meilleur jeune depuis deux jours, Attila Valter est venu marquer le Giro 2021 de son empreinte, à Ascoli Piceno, en allant conquérir l’iconique maillot rose. À seulement 22 ans, il est aussi, par le fait, devenu le tout premier Hongrois porteur d’un maillot de leader sur un Grand Tour. Pour l’Équipe cycliste Groupama-FDJ, il s’agit également d’un réel fait d’armes puisqu’elle n’avait plus goûté à la « maglia rosa » depuis Bradley McGee, il y a de cela dix-sept ans.

« Les gars m’ont tout de suite répondu : Attila est devant ! », Philippe Mauduit

Maillot blanc depuis l’arrivée à Sestola lors de la quatrième étape, Attila Valter vivait déjà un petit rêve sur le Giro. Il n’imaginait sans doute pas à quel point ce rêve allait prendre une toute autre tournure ce jeudi, en direction d’Ascoli Piceno. En revanche, il en jouait bien volontiers au départ de la sixième étape. « C’est bien d’en plaisanter le matin, mais c’est autre chose d’y croire vraiment », glissait-il plus tard, en référence aux interviews qui l’envisageaient en rose. « Il y avait un coup à jouer, mais au départ, nous n’avons pas abordé le sujet car il y avait une étape difficile à faire et on ne voulait pas lui mettre la pression à ce sujet », ajoutait Philippe. Dans un premier temps, le jeune Hongrois a d’abord dû rester bien au chaud au sein d’un peloton qui a roulé à vive allure dans les premiers kilomètres, afin de neutraliser les échappées trop conséquentes. Présents dans un premier coup, Rudy Molard et Sébastien Reichenbach ont finalement réintégré le paquet, et c’est alors Simon Guglielmi qui a pris les relais et réussi à se glisser dans la bonne échappée après une bonne vingtaine de bornes. L’ancien de la Conti a été accompagné de sept coureurs, et ils ont ensemble pu prendre jusqu’à cinq minutes d’avance dans la première partie de course. Le tout avant que la météo ne se détériore franchement dans la première ascension de la journée, rendant sa diffusion même impossible.

C’est donc dans des conditions exécrables, mêlant pluie battante et vent violent, que les coureurs ont entamé la Forca di Gualdo. Simon Guglielmi a bel et bien tenu sa place dans l’échappée du jour, mais à l’approche du sommet, le peloton a lui littéralement explosé sur un coup de force de la formation Ineos. « Tout le monde savait que ce pouvait être un moment décisif, et quand tout le monde le sait, c’est la guerre, résumait Philippe. Pour nous, ça ne s’est pas joué à grand-chose. Rudy, Seb et Romain étaient juste derrière le maillot rose, et ça casse juste devant lui. Attila était juste devant le maillot rose, et ça casse dans sa roue. Il est passé, et c’était bien l’essentiel. On l’a su tout de suite. Dès que j’ai vu la cassure, j’ai demandé qui était devant. J’ai vu trois maillots bleus derrière le maillot rose, et j’ai eu un peu peur, mais les gars m’ont tout de suite répondu : « Attila est devant, Attila est devant ! ». On était rassurés. En plus, Simon était encore dans l’échappée, une minute devant, et on pouvait donc l’arrêter pour aider Attila au cas où ». Dans la très longue portion descendante, Simon Guglielmi a d’ailleurs été repris par un peloton d’une quarantaine d’hommes où le maillot blanc était bel et bien présent, mais donc pas le maillot rose Alessandro De Marchi.  

« Le plus beau jour de ma vie », Attila Valter

Au pied de la dernière ascension, longue de 15 kilomètres pour une pente moyenne de 6%, le groupe des favoris n’incluait donc plus qu’un seul coureur mieux placé qu’Attila Valter au classement général : Louis Vervaeke (pour 18 secondes). La sélection s’est opérée par l’arrière au fil de la montée, et le Hongrois de la Groupama-FDJ a peu à peu grignoté des places pour se replacer dans la roue des cadors. Les choses sérieuses ont démarré dans les quatre derniers kilomètres, alors que Gino Mäder s’en allait conquérir la victoire d’étape, et Attila Valter était encore bien au contact des tous meilleurs. Il a même été parmi les plus prompts à réagir à l’accélération d’Egan Bernal à 1500 mètres de l’arrivée. Sous la flamme rouge, le maillot blanc a fait sensation en prenant place au milieu des favoris de ce Giro 2021. Et s’il a légèrement reculé dans les tous derniers hectomètres, il n’a franchi la ligne qu’avec seize secondes de retard sur Bernal, Evenepoel ou encore Dan Martin. Dans le même temps, Louis Vervaeke était bien distancé et le verdict n’a donc tardé à tomber. Quelques instants après avoir franchi la ligne, en 12e position, Attila Valter a été convoqué au podium protocolaire. Pas seulement pour son maillot blanc, qu’il venait de conserver, mais surtout pour le maillot rose, qu’il venait de conquérir, avec la manière, au terme d’une journée épique.

« Je ne pourrais pas être plus surpris et plus heureux, mais oui, j’avais ça en tête, commentait Attila dans sa première intervention. Je savais que j’étais bien dans les ascensions sur ce Giro et que je pouvais battre ceux qui me devançaient au général. Je devais juste m’accrocher aux meilleurs grimpeurs aujourd’hui. J’étais vraiment motivé. Je ne savais pas tout sur les écarts, mais j’ai essayé de garder un oeil sur tout le monde. Je savais que Vlasov était à 24 secondes de moi au général, Remco à 28 et Bernal à 39. Dans la dernière montée, je ne pouvais pas penser à la douleur, je n’avais que le maillot rose en tête. Plus les kilomètres passaient, plus j’y croyais. Je savais que les leaders allaient attaquer mais j’avais les jambes pour limiter la casse. Dans ces cas-là, la motivation donne évidemment de l’énergie supplémentaire. Quand j’ai franchi la ligne, j’ai regardé qui était autour de moi, et je me suis dit : « je l’ai fait » mais personne n’avait l’information officielle. Après deux minutes, une personne de l’organisation m’a dit : « tu as le maillot rose ». C’était un sentiment incroyable. Je ne peux pas encore croire que c’est vrai. C’est le plus beau jour de ma vie ! Je pourrais en pleurer. Je suis tellement heureux. J’espère juste profiter au maximum de ce maillot avec l’équipe ».

« Certains se posaient des questions sur ce qu’on allait pouvoir faire », Philippe Mauduit

L’émotion était aussi palpable chez ses coéquipiers et les membres du staff. « C’est un grand moment de joie qui rassemble l’équipe autour d’un maillot hyper symbolique, se félicitait Philippe. Il suffit de voir la liste des coureurs qui ont eu le bonheur de porter ce maillot. Certains feront 15 ans de carrière sans jamais le toucher. L’avoir dans l’équipe ce soir, c’est juste génial, pour Attila et l’équipe. Je pense que tout le monde était un peu anxieux au départ de ce Giro, certains se posaient des questions sur ce qu’on allait pouvoir faire. Finalement, il y a eu trois grosses échappées, on a été présents à chaque fois et ce soir on a le maillot rose. On ne va pas fanfaronner, le Giro n’est pas complètement réussi pour autant, mais en tous les cas il démarre bien. Et c’est toujours important de bien débuter un grand tour ». À plusieurs centaines de kilomètres de là, Marc Madiot a aussi savouré ce grand moment. « Je ne l’avais pas du tout vu venir, confessait-il jeudi soir. Je ne l’avais même pas vu avec les k-ways ! Porter le maillot rose ne nous était pas arrivé depuis Bradley McGee (en 2004, ndlr). C’est bien pour Attila, qui est récompensé aujourd’hui. Ça fait aussi du bien à tout le monde. On n’est pas partis avec une équipe qui allait tout casser sur le papier, mais à la sortie, on fait de belles choses. Le maillot rose, c’est la cerise sur le gâteau pour cette première semaine de course. Ils se sont bien mobilisés, ils sont dans le match et ça va leur ouvrir des portes mentalement ».

À Attila, Marc n’avait d’ailleurs que deux mots à dire : « Profite, savoure ». Demain, à l’occasion de la septième étape plutôt favorable aux sprinteurs, le jeune homme de 22 ans s’élancera avec les yeux rivés sur lui. « En Hongrie c’était déjà incroyable avec le maillot blanc mais je crois que là, ça va devenir dingue, concluait l’intéressé. Mon père est au Tour de Hongrie, il m’a dit qu’à l’arrivée, ils avaient montré le finish du Giro et que tout le monde me soutenait. Je suis content d’être le premier hongrois à prendre ce maillot. J’espère que ça va donner une belle impulsion au cyclisme dans mon pays ». « Pour lui, le maillot blanc c’était un rêve, rappelait Philippe. Ce soir il est en rose, c’est forcément un étage au-dessus. Il va rêver toute la nuit de son podium et de son maillot. Peut-être même dormir avec. C’est génial pour un gamin de 22 ans ».  

— Alexandre to www.equipecycliste-groupama-fdj.fr