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Attila Valter grignote une place au général

Le Tour d’Italie version 2021 approche doucement de son terme, mais avant la dernière grande étape de montagne demain, une arrivée inédite au sommet de l’Alpe di Mera était au programme ce vendredi. Plutôt en jambes, Attila Valter est parvenu à limiter les dégâts dans cette ascension finale en compagnie de Matteo Badilatti (16e et 17e du jour), ce qui lui a d’ailleurs permis de glaner un rang au classement général. À deux étapes du terme, le jeune Hongrois pointe à la quatorzième place.

« Matteo m’a super bien aidé », Attila Valter

Les départs d’étapes se suivent et se ressemblent ces derniers jours sur le Giro. Comme attendu, la bagarre pour l’échappée a de nouveau été intense ce vendredi sur un parcours bien plus court que la veille (166 kilomètres) au départ d’Abbiategrasso. L’arrivée était cette fois-ci prévue en altitude, mais cela n’a pas empêché de très nombreux coureurs de tenter leur chance dans les premiers kilomètres. Attila Valter et Rudy Molard ont d’ailleurs intégré un joli groupe d’une vingtaine d’hommes après quelques minutes. « J’ai essayé de prendre l’échappée dans la première partie de course, racontait le Hongrois. Ça a beaucoup bataillé, mais ce n’était au final pas plus mal de ne pas être devant puisque des équipes ont très vite contrôlé ». Après environ quarante bornes, un groupe de six est parvenu à s’extirper, le peloton a quasi immédiatement fait rideau mais la formation BikeExchange est aussitôt venue dicter le tempo. « Au moment où l’échappée est partie, j’ai demandé aux gars de ne plus insister et de ne plus se mêler à la bagarre, car c’était évident que ça allait se finir par une bagarre entre les favoris, complétait Philippe Mauduit. Si celle du départ était partie avec Rudy et Attila, ça pouvait avoir un intérêt, mais là ça n’avait pas d’autres intérêts que de s’épuiser pour rien. Ce n’était pas grave de ne pas avoir de coureur devant aujourd’hui ».

Contrairement aux jours précédents, l’échappée a en effet été muselée dans cette dix-neuvième étape et le peloton s’est montré particulièrement tendu, y compris au sommet de la première difficulté du jour, à quatre-vingts bornes de la ligne. Deceuninck-Quick Step a étiré le peloton et momentanément pris au piège le lieutenant du maillot rose, Dani Martinez. « Nous avons fait une petite erreur, reconnaissait également Attila. Nous étions à l’arrière et le peloton s’est morcelé dans cette descente technique. Nous avons alors gaspillé un peu d’énergie pour revenir dans le premier peloton ». Après ce coup de chaud, la course a repris un schéma plus limpide et le paquet s’est d’abord délesté de quelques éléments dans la montée Passo della Colma. En tête, l’échappée a insisté mais n’a pu entamer la dernière ascension du jour, l’Alpe di Mera (9,6 km à 9%), qu’avec une vingtaine de secondes d’avance sur la meute. « Les gars ont bien bossé jusqu’au pied de la montée, notait Philippe. À ce moment-là, il restait une cinquantaine de mecs et on avait encore Rudy, Lars et Matteo avec Attila. C’était plutôt bien ». Dès lors, la sélection par l’arrière a débuté et le leader hongrois a été distancé du groupe des favoris à moins de sept bornes du sommet. « Je me sentais assez bien dans le final, poursuivait Attila. Rudy et Matteo étaient encore avec moi au début de l’ascension, puis Matteo m’a super bien aidé jusqu’à l’arrivée. On s’échangeait des relais, je pense qu’on avait un bon rythme et j’ai réussi à ne pas perdre trop de temps ».

« Ils se sont bien battus », Philippe Mauduit

Les deux hommes ont fini roue dans roue, aux 16e et 17e places de l’étape, à 3’30 du vainqueur Simon Yates. « Ils se sont bien battus aujourd’hui », saluait Philippe. « C’est un bon come back après ce qu’il s’est passé il y a deux jours, glissait Attila. C’est bien également car je gagne une place au classement général ». Désormais quatorzième, le jeune homme de 22 ans devra néanmoins encore s’accrocher demain sur l’ultime étape de montagne en direction de Valle Spluga-Alpe Motta, empruntant trois ascensions de 1ère catégorie. « Cela peut encore être mieux pour nous, assurait-il. Avec des montées plus longues et une sélection plus précoce, il est plus facile de se déplacer dans le peloton et ça peut amener une autre bonne journée pour nous ». « Deceuninck-Quick Step et BikeExchange ont les clés de la course, complétait Philippe. En fonction de leur attitude au départ, on sera vite fixés. Ça vaudra évidemment le coup d’essayer d’aller dans l’échappée dans un premier temps, mais tout dépendra, comme d’habitude, de sa composition. Il ne faudra peut-être pas y aller à tout prix ».

— Alexandre to www.equipecycliste-groupama-fdj.fr

Attila Valter demeure douzième après le Monte Zoncolan

À l’occasion de la quatorzième étape du Giro ce samedi, les coureurs affrontaient l’un des mythes du cyclisme : l’imposant Monte Zoncolan. Au terme de plus de 200 kilomètres, l’Italien Lorenzo Fortunato s’est imposé au sommet, dans le brouillard, tandis qu’Attila Valter, bien aidé par ses compères suisses Sébastien Reichenbach et Matteo Badilatti, a limité les dégâts pour conserver sa douzième place au classement général.

« On pensait que la bagarre serait plus longue », Philippe Mauduit

À l’aube de l’avant-dernier week-end de course sur le Giro, chacun avait bien noté un fait : depuis le départ de Turin, 50% des étapes en ligne s’étaient soldées par la victoire de l’échappée. Les fuyards ont le vent en poupe sur ce 104ème Tour d’Italie, et par conséquent, tout le monde ou presque voulait de nouveau en être aujourd’hui, bien que le final redoutable sur Monte Zoncolan ne pouvait assurer la victoire aux attaquants. La bagarre fut donc intense ce samedi matin au départ de Cittadella, mais elle fut brève. Onze hommes se sont ainsi détachés du peloton après huit kilomètres, notamment à la faveur d’un large rond-point, et malgré une réelle poursuite et de nombreuses relances, ceux-ci n’ont jamais été rattrapés. « On a évidemment des regrets, commentait Philippe Mauduit. Comme probablement beaucoup d’équipes, on pensait que la bagarre serait plus longue, mais c’est finalement le premier véritable coup qui s’en va. C’est comme ça. Les jours se suivent mais ne se ressemblent pas toujours. Il ne faut pas se chercher d’excuses mais il est vrai que dans ces cas-là, c’est aussi un peu la roulette. On s’était également dit qu’on prendrait le risque d’attendre un petit peu avant d’entrer dans la bagarre, mais la première tentative a été la bonne. Ça n’arrive pas souvent, mais ça arrive, et aujourd’hui, ça nous échappe… »

Aucun homme à l’avant ne représentant une réelle menace pour le maillot rose, le groupe de tête a donc pu se forger une solide marge malgré le tempo soutenu imposé par la formation Astana. Un tempo soutenu qui a notamment scindé le peloton dans la descente de la première réelle difficulté de la journée, à environ cinquante kilomètres du Monte Zoncolan. « Sur une chaussée trempée, on sait que ça peut casser, glissait Philippe. Il n’y a pas de place pour tout le monde et ils n’étaient d’ailleurs plus que six ou sept en bas. Néanmoins, vu ce qui se profilait derrière (30 kilomètres de vallée, ndlr) on savait que des équipes allaient faire l’effort. Tant que tu es avec des leaders qui ont des équipiers, il n‘y a pas lieu de s’inquiéter ». Attila Valter et ses compères ont ainsi opéré la jonction après quelques minutes de poursuite dans le sillage de Remco Evenepoel. « À cause des cassures, la petite montée de deux kilomètres en plein dans la descente a fait très mal, confiait Attila. J’ai beaucoup souffert à ce moment-là et j’ai probablement gaspillé trop d’énergie, mais nous avons quand même réussi à revenir et j’ai eu le temps de me concentrer sur ma récupération avant la dernière montée ».

« Extrêmement bien épaulé par Matteo et Seb », Attila Valter

Emprunté par le versant de Sutrio, le Monte Zoncolan proposait ce samedi une ascension de 14,1 kilomètres à 8,5%, dont les trois derniers kilomètres à 13%. Grâce à un avantage de six minutes au pied, l’échappée a pu se disputer la victoire et le bien-nommé Lorenzo Fortunato a conquis cette montée iconique. Au sein du peloton, Attila Valter s’est lui accroché au maximum avec les favoris avant d’être distancé peu après la mi-ascension. Il n’était heureusement pas seul. « J’ai entamé la montée en assez bonne position, bien entouré par les mecs, mais le rythme était vraiment élevé pour moi aujourd’hui et j’ai dû laisser le groupe partir à six kilomètres du sommet, expliquait-il. Ensuite, j’ai été extrêmement bien épaulé par Matteo et Seb. Ils ont fait de leur mieux et j’ai essayé de garder un bon tempo à leurs côtés. Au final, je ne suis évidemment pas satisfait car nous avons perdu un peu trop de temps à mon goût. Néanmoins, c’est le maximum que je pouvais faire aujourd’hui et je suis toujours douzième du général, ce qui n’est, je pense, pas trop mal ». « Seb et Matteo ont fait un super boulot dans le final, insistait Philippe. Ils ont bien limité la casse pour Attila qui, s’il avait été tout seul, aurait sans doute perdu beaucoup plus du temps. Ça montre que les garçons sont concernés par le classement d’Attila et qu’ils respectent et se battent pour le maillot ».

Trentième de l’étape, juste devant Sébastien Reichenbach et Attila Valter, Matteo Badilatti résumait brièvement sa journée : « C’est toujours sympa de grimper une ascension si mythique. C’est une montée que je voulais inscrire à mon tableau de chasse et c’était une belle expérience. Cela dit, les dernières rampes étaient vraiment raides et je ne m’attendais pas à ça. Nous avons essayé d’aider Attila autant que possible, et je pense qu’on y est parvenus. Je me sens de mieux en mieux, l’atmosphère dans l’équipe est très bonne et on va essayer de tirer le maximum de cette course d’ici l’arrivée à Milan ». Demain ne sera sans doute pas la meilleure opportunité néanmoins avec une courte étape de 147 kilomètres, peu accidentée, en direction de Gorizia. « Ce ne sera peut-être pas un peloton complet, mais il y a de grosses probabilités pour un sprint », concluait Philippe.

— Alexandre Philippon to www.equipecycliste-groupama-fdj.fr

Attila Valter s’en souviendra

Nul ne sait combien de temps l’aventure durera, mais elle aura au moins eu le mérite d’être vécue. Tout au long des 181 kilomètres qui composaient la septième étape du Tour d’Italie ce vendredi, Attila Valter a savouré son moment de gloire. Maillot rose sur les épaules, et bien escorté par ses coéquipiers durant tout l’étape, le jeune Hongrois a pu saisir et ressentir la grandeur et l’aura du tricot de leader sur les routes transalpines. Il l’arborera toujours demain, et le défendra d’ailleurs bec et ongles dans l’arrivée en bosse de Guardia Sanframondi.

« Un sentiment indescriptible », Attila Valter

Ce n’était donc pas un rêve. Quand il s’est réveillé ce vendredi matin, Atilla Valter avait bien le maillot rose flanqué au corps. « Bien évidemment », le Hongrois s’est endormi avec jeudi soir, et il s’est présenté au départ de Notaresco ce matin avec un statut tout autre. Le jeune homme a rencontré quelques compatriotes, reçu maintes félicitations, et s’est ensuite élancé pour 181 kilomètres de bonheur. Le soleil était qui plus est de la partie, et un trio sorti dès le coup d’envoi de l’étape a permis à l’ensemble de l’Équipe cycliste Groupama-FDJ de profiter de la journée. « L’échappée est partie tout de suite, dans les premiers hectomètres, commentait Romain Seigle. On a laissé filer puis Antoine a contrôlé toute la journée avec les équipes de sprinteurs ». Constamment en tête de peloton, le Québécois n’a pas eu à forcer son talent ce vendredi, mais il a savouré chaque coup de pédale. « C’était cool, c’est sûr, disait-il. Pour un coureur comme moi, c’est forcément un beau moment à vivre que de pouvoir défendre un maillot sur un Grand Tour. On a été chanceux aujourd’hui. Ce n’était pas une étape trop compliquée à contrôler. On a pu profiter tranquillement de cette journée en rose ». L’avantage des trois larrons de tête n’a jamais excédé les cinq minutes et le peloton ne s’est véritablement agité qu’à une quinzaine de kilomètres de l’arrivée.

« On espérait ce genre d’étape, poursuivait Philippe Mauduit. Cela permet de récupérer un peu et ce n’était pas une étape dangereuse techniquement. Les gars ont bien géré ». Tout au long du parcours, Attila Valter a lui goûté à la ferveur du maillot rose comme jamais il ne l’aurait imaginé. « Je ne m’attendais pas à ça, confessait-il. C’était un sentiment indescriptible. Il y avait des milliers de personnes sur le bord de la route qui criaient «maglia rosa, maglia rosa ! ». À chaque fois, j’ai dû réaliser que c’est de moi dont il s’agissait. C’était une sensation inexplicable. J’ai entendu mon nom tellement de fois. Les gens doivent encore assimiler que c’est Attila Valter et non Ottila (sourires), mais ce sont des erreurs évidemment pardonnables, et je vais faire en sorte qu’ils se souviennent de mon nom ! L’étape n’était pas nerveuse comme il y a deux jours et je m’estime chanceux d’avoir eu une telle journée pour profiter de ce magnifique maillot ». L’échappée du jour a finalement été revue à dix-sept kilomètres de la ligne et les esprits se sont naturellement échauffés en vue du final, que tout le monde souhaitait aborder placé. « Romain était désigné pour accompagner Attila à ce moment de la course, expliquait Philippe Mauduit. Il a la capacité de bien faire ce travail dans le final, il a la vista, la technique et maitrise bien le sujet ».

« Nous sommes d’attaque pour le week-end », Antoine Duchesne

« On a simplement fait attention à placer Attila correctement pour ne pas prendre de cassure dans ce final tortueux et avec une petite montée, reprenait Romain. Tout s’est bien passé ! On est arrivé dans les premières positions et on n’a pas perdu de temps ». Pas spécialement amateur de ce genre de joutes de coutume, Attila Valter, maillot rose sur le dos, a peut-être connu un déclic aujourd’hui. « L’équipe m’a tout le temps maintenu devant. Le final était bien sûr mouvementé mais je me sentais un coureur différent dans ce maillot, expliquait-il. Normalement, le placement n’est pas ma force, et je pense que cela a changé aujourd’hui. Je me suis senti vraiment respecté dans le peloton. Je me suis senti complètement changé. J’ai réussi à rester plutôt à l’avant et à l’abri des ennuis ». Le Hongrois a ainsi achevé la journée à la 36e place, dans le même temps que le vainqueur Caleb Ewan. « Marc disait hier : savourez, profitez. Je peux dire qu’on a savouré et profité dans les voitures, et les mecs sans doute encore  davantage sur le vélo. C’était une belle journée », ajoutait Philippe. Samedi, la tâche sera forcément plus ardue en direction de Guardia Sanframondi pour une arrivée en bosse (3,5 km à 6%).

« Je pense qu’on aura beaucoup moins d’aide qu’aujourd’hui et que ce sera beaucoup plus difficile à contrôler, mais on est prêts, assurait Antoine. On n’a pas trop gaspillé d’énergie ce vendredi, nous sommes d’attaque pour le week-end ! ». « On a très envie de garder le maillot, lançait Philippe. On ne sait pas si on y arrivera, mais on va se battre pour. Ça donne un surplus de motivation à tout le monde. Les mecs ont forcément envie de le garder le plus longtemps possible ». « Demain je pourrai reprendre le départ avec ce beau maillot, et c’est déjà un rêve, concluait Attila Valter. C’est difficile de savoir comment cela se déroulera. Ça peut être piégeux, et la météo pourrait ne pas être de notre côté. Si j’ai de bonnes jambes, je pense que je peux réussir à rester avec les favoris mais je n’ai aussi que onze secondes d’avance sur Evenepoel et seize sur Bernal. C’est un écart qui peut être vite bouché. Je fais entièrement confiance à l’équipe, ils ont veillé sur moi de manière incroyable aujourd’hui. Je vais simplement essayer de profiter au maximum de la journée de demain et faire de mon mieux pour rester dans ce magnifique maillot rose ».

— Alexandre to www.equipecycliste-groupama-fdj.fr

Attila Valter et la Groupama-FDJ voient la vie en rose

Sur le Giro ce jeudi, une sixième étape dantesque a conduit à une journée tout simplement historique. Porteur du maillot blanc de meilleur jeune depuis deux jours, Attila Valter est venu marquer le Giro 2021 de son empreinte, à Ascoli Piceno, en allant conquérir l’iconique maillot rose. À seulement 22 ans, il est aussi, par le fait, devenu le tout premier Hongrois porteur d’un maillot de leader sur un Grand Tour. Pour l’Équipe cycliste Groupama-FDJ, il s’agit également d’un réel fait d’armes puisqu’elle n’avait plus goûté à la « maglia rosa » depuis Bradley McGee, il y a de cela dix-sept ans.

« Les gars m’ont tout de suite répondu : Attila est devant ! », Philippe Mauduit

Maillot blanc depuis l’arrivée à Sestola lors de la quatrième étape, Attila Valter vivait déjà un petit rêve sur le Giro. Il n’imaginait sans doute pas à quel point ce rêve allait prendre une toute autre tournure ce jeudi, en direction d’Ascoli Piceno. En revanche, il en jouait bien volontiers au départ de la sixième étape. « C’est bien d’en plaisanter le matin, mais c’est autre chose d’y croire vraiment », glissait-il plus tard, en référence aux interviews qui l’envisageaient en rose. « Il y avait un coup à jouer, mais au départ, nous n’avons pas abordé le sujet car il y avait une étape difficile à faire et on ne voulait pas lui mettre la pression à ce sujet », ajoutait Philippe. Dans un premier temps, le jeune Hongrois a d’abord dû rester bien au chaud au sein d’un peloton qui a roulé à vive allure dans les premiers kilomètres, afin de neutraliser les échappées trop conséquentes. Présents dans un premier coup, Rudy Molard et Sébastien Reichenbach ont finalement réintégré le paquet, et c’est alors Simon Guglielmi qui a pris les relais et réussi à se glisser dans la bonne échappée après une bonne vingtaine de bornes. L’ancien de la Conti a été accompagné de sept coureurs, et ils ont ensemble pu prendre jusqu’à cinq minutes d’avance dans la première partie de course. Le tout avant que la météo ne se détériore franchement dans la première ascension de la journée, rendant sa diffusion même impossible.

C’est donc dans des conditions exécrables, mêlant pluie battante et vent violent, que les coureurs ont entamé la Forca di Gualdo. Simon Guglielmi a bel et bien tenu sa place dans l’échappée du jour, mais à l’approche du sommet, le peloton a lui littéralement explosé sur un coup de force de la formation Ineos. « Tout le monde savait que ce pouvait être un moment décisif, et quand tout le monde le sait, c’est la guerre, résumait Philippe. Pour nous, ça ne s’est pas joué à grand-chose. Rudy, Seb et Romain étaient juste derrière le maillot rose, et ça casse juste devant lui. Attila était juste devant le maillot rose, et ça casse dans sa roue. Il est passé, et c’était bien l’essentiel. On l’a su tout de suite. Dès que j’ai vu la cassure, j’ai demandé qui était devant. J’ai vu trois maillots bleus derrière le maillot rose, et j’ai eu un peu peur, mais les gars m’ont tout de suite répondu : « Attila est devant, Attila est devant ! ». On était rassurés. En plus, Simon était encore dans l’échappée, une minute devant, et on pouvait donc l’arrêter pour aider Attila au cas où ». Dans la très longue portion descendante, Simon Guglielmi a d’ailleurs été repris par un peloton d’une quarantaine d’hommes où le maillot blanc était bel et bien présent, mais donc pas le maillot rose Alessandro De Marchi.  

« Le plus beau jour de ma vie », Attila Valter

Au pied de la dernière ascension, longue de 15 kilomètres pour une pente moyenne de 6%, le groupe des favoris n’incluait donc plus qu’un seul coureur mieux placé qu’Attila Valter au classement général : Louis Vervaeke (pour 18 secondes). La sélection s’est opérée par l’arrière au fil de la montée, et le Hongrois de la Groupama-FDJ a peu à peu grignoté des places pour se replacer dans la roue des cadors. Les choses sérieuses ont démarré dans les quatre derniers kilomètres, alors que Gino Mäder s’en allait conquérir la victoire d’étape, et Attila Valter était encore bien au contact des tous meilleurs. Il a même été parmi les plus prompts à réagir à l’accélération d’Egan Bernal à 1500 mètres de l’arrivée. Sous la flamme rouge, le maillot blanc a fait sensation en prenant place au milieu des favoris de ce Giro 2021. Et s’il a légèrement reculé dans les tous derniers hectomètres, il n’a franchi la ligne qu’avec seize secondes de retard sur Bernal, Evenepoel ou encore Dan Martin. Dans le même temps, Louis Vervaeke était bien distancé et le verdict n’a donc tardé à tomber. Quelques instants après avoir franchi la ligne, en 12e position, Attila Valter a été convoqué au podium protocolaire. Pas seulement pour son maillot blanc, qu’il venait de conserver, mais surtout pour le maillot rose, qu’il venait de conquérir, avec la manière, au terme d’une journée épique.

« Je ne pourrais pas être plus surpris et plus heureux, mais oui, j’avais ça en tête, commentait Attila dans sa première intervention. Je savais que j’étais bien dans les ascensions sur ce Giro et que je pouvais battre ceux qui me devançaient au général. Je devais juste m’accrocher aux meilleurs grimpeurs aujourd’hui. J’étais vraiment motivé. Je ne savais pas tout sur les écarts, mais j’ai essayé de garder un oeil sur tout le monde. Je savais que Vlasov était à 24 secondes de moi au général, Remco à 28 et Bernal à 39. Dans la dernière montée, je ne pouvais pas penser à la douleur, je n’avais que le maillot rose en tête. Plus les kilomètres passaient, plus j’y croyais. Je savais que les leaders allaient attaquer mais j’avais les jambes pour limiter la casse. Dans ces cas-là, la motivation donne évidemment de l’énergie supplémentaire. Quand j’ai franchi la ligne, j’ai regardé qui était autour de moi, et je me suis dit : « je l’ai fait » mais personne n’avait l’information officielle. Après deux minutes, une personne de l’organisation m’a dit : « tu as le maillot rose ». C’était un sentiment incroyable. Je ne peux pas encore croire que c’est vrai. C’est le plus beau jour de ma vie ! Je pourrais en pleurer. Je suis tellement heureux. J’espère juste profiter au maximum de ce maillot avec l’équipe ».

« Certains se posaient des questions sur ce qu’on allait pouvoir faire », Philippe Mauduit

L’émotion était aussi palpable chez ses coéquipiers et les membres du staff. « C’est un grand moment de joie qui rassemble l’équipe autour d’un maillot hyper symbolique, se félicitait Philippe. Il suffit de voir la liste des coureurs qui ont eu le bonheur de porter ce maillot. Certains feront 15 ans de carrière sans jamais le toucher. L’avoir dans l’équipe ce soir, c’est juste génial, pour Attila et l’équipe. Je pense que tout le monde était un peu anxieux au départ de ce Giro, certains se posaient des questions sur ce qu’on allait pouvoir faire. Finalement, il y a eu trois grosses échappées, on a été présents à chaque fois et ce soir on a le maillot rose. On ne va pas fanfaronner, le Giro n’est pas complètement réussi pour autant, mais en tous les cas il démarre bien. Et c’est toujours important de bien débuter un grand tour ». À plusieurs centaines de kilomètres de là, Marc Madiot a aussi savouré ce grand moment. « Je ne l’avais pas du tout vu venir, confessait-il jeudi soir. Je ne l’avais même pas vu avec les k-ways ! Porter le maillot rose ne nous était pas arrivé depuis Bradley McGee (en 2004, ndlr). C’est bien pour Attila, qui est récompensé aujourd’hui. Ça fait aussi du bien à tout le monde. On n’est pas partis avec une équipe qui allait tout casser sur le papier, mais à la sortie, on fait de belles choses. Le maillot rose, c’est la cerise sur le gâteau pour cette première semaine de course. Ils se sont bien mobilisés, ils sont dans le match et ça va leur ouvrir des portes mentalement ».

À Attila, Marc n’avait d’ailleurs que deux mots à dire : « Profite, savoure ». Demain, à l’occasion de la septième étape plutôt favorable aux sprinteurs, le jeune homme de 22 ans s’élancera avec les yeux rivés sur lui. « En Hongrie c’était déjà incroyable avec le maillot blanc mais je crois que là, ça va devenir dingue, concluait l’intéressé. Mon père est au Tour de Hongrie, il m’a dit qu’à l’arrivée, ils avaient montré le finish du Giro et que tout le monde me soutenait. Je suis content d’être le premier hongrois à prendre ce maillot. J’espère que ça va donner une belle impulsion au cyclisme dans mon pays ». « Pour lui, le maillot blanc c’était un rêve, rappelait Philippe. Ce soir il est en rose, c’est forcément un étage au-dessus. Il va rêver toute la nuit de son podium et de son maillot. Peut-être même dormir avec. C’est génial pour un gamin de 22 ans ».  

— Alexandre to www.equipecycliste-groupama-fdj.fr