Entradas

Thibaut Pinot, la résurrection

Ce vendredi 22 avril 2022, Thibaut Pinot a définitivement entériné sa renaissance. Après plus de deux ans parsemés d’embûches, et au lendemain d’une cruelle désillusion, le grimpeur de l’Équipe cycliste Groupama-FDJ s’est relevé avec le panache d’un champion, à l’occasion de la dernière étape du Tour des Alpes. Au cours de cette journée, la plus éprouvante de la semaine, le Franc-Comtois a de nouveau intégré l’échappée, mais s’est débarrassé de la majeure partie de ses concurrents à plus de soixante kilomètres de l’arrivée. Seul David De La Cruz a pu l’accompagner jusqu’au terme de l’étape, mais au sprint, rien ne pouvait empêcher Thibaut Pinot de renouer avec ce succès tant attendu, et si salvateur. Cerise sur le gâteau, au prix d’une excellente étape, Michael Storer s’est lui hissé au deuxième rang du général, Attila Valter s’octroyant lui le cinquième.

« Cinq minutes avant le briefing, il avait déjà le masque », Thierry Bricaud

On l’avait quitté les larmes aux yeux, quelques mètres derrière la ligne d’arrivée de la quatrième étape, après être passé tout proche d’une délivrance qu’il chassait depuis des mois. La nuit a passé, dans les paisibles montagnes autrichiennes, et Thibaut Pinot est revenu plus déterminé que jamais à rompre le mauvais sort, ce vendredi. Seuls cent-quatorze kilomètres composaient le cinquième et dernier acte, mais une série de montées abruptes et une pluie battante suffisaient amplement à nourrir la difficulté de cette journée. « Je savais dès le départ que ça allait être une journée très dure, mais j’avais de très bonnes jambes et j’aime beaucoup ces conditions, racontait Thibaut. J’étais tellement dégoûté hier, et j’avais accumulé tellement de frustration, que je ne pensais qu’à cette étape depuis la nuit dernière. J’avais la rage aujourd’hui. Ce matin, j’avais le couteau entre les dents. Je n’avais qu’une envie : gagner ». « Il savait qu’il était passé à côté de quelque chose hier, mais cela pouvait aussi être un déclencheur, reprenait Thierry Bricaud. On s’est vus cinq minutes avant le briefing, et il avait déjà le masque, prêt à la bagarre. Il avait de l’envie, il avait réenclenché la marche avant. C’était bon signe. J’ai vu Thibaut arriver à 19 ans, je l’ai vu grandir, et je sais que quand il est comme ça, ça ne ment pas ». Si la motivation était présente, aussi fallait-il que les jambes le soient au lendemain d’une sacrée escapade. Mais quand un groupe de quinze hommes s’est extirpé après trente minutes de bagarre, Thierry Bricaud n’a eu que très peu de doutes : « Quand le coup est parti, Julien [Pinot] m’a dit : ‘’j’espère qu’on est représenté’’. Je lui ai dit : ‘’Je ne vois pas ce qu’il se passe, mais il est impossible qu’il ait loupé le coup : il n’a pas lâché les cinq premières places depuis le début de l’étape’’ ».

Le coureur franc-comtois était donc bel et bien en tête avant d’entamer la première difficulté du jour. Dès cette ascension, le groupe de tête s’est réduit à six hommes sous son impulsion et celle de David De La Cruz, et ces deux derniers se sont même détachés dans la bosse suivante, s’isolant donc à plus de soixante-cinq kilomètres de l’arrivée. « Personne n’était placé au général, donc le peloton a laissé partir, expliquait Thierry. C’était une étape hyper difficile, avec un enchaînement de montées raides et de descentes techniques. Sur une étape dure comme celle-ci, il n’y a pas besoin de s’encombrer des coureurs de l’échappée qui n’apportent rien ». Le Français et l’Espagnol ont donc fait le trou, et constamment conservé entre quarante secondes et une minute trente sur leurs premiers poursuivants. « Je me suis retrouvé avec De La Cruz, qui était très fort aussi, et on s’est bien entendu », commentait Thibaut. La victoire s’est petit à petit dessinée pour l’un des deux hommes, qui se sont présentés ensemble au pied de la dernière ascension, très coriace, vers Stronach (3 km à 12%). À cet instant, un léger moment de panique s’est produit lorsque le coureur de la Groupama-FDJ a été gêné par ses rapports. Le problème s’est résolu, mais ce n’était pourtant pas le seul du jour. « J’ai fait toute l’étape avec un rayon cassé », expliquait plus tard Thibaut. « Vu que ça ne faisait que monter-descendre et que les écarts n’étaient pas conséquents avec les premiers poursuivants, on ne pouvait pas faire n’importe quoi, ajoutait Thierry. On est resté sous tension toute l’étape, mais c’est à l’image de Thibaut. Avec lui, on n’a rien sans rien ».

« Ça va me libérer d’un poids », Thibaut Pinot

Oubliés les péripéties mécaniques, l’ancien vainqueur du Tour des Alpes s’est finalement décidé à tester son rival à environ deux kilomètres du sommet, lui-même situé à dix bornes du but. Les premières accélérations n’ont pas fait fléchir l’Espagnol, mais après une énième estocade, Thibaut Pinot est parvenu à prendre ses distances. Le regard fixe et la gueule ouverte, il s’est employé pour basculer avec une dizaine de secondes d’avance. Cela n’a pour autant pas suffi à repousser définitivement David De La Cruz, qui est ainsi rentré à cinq kilomètres de l’arrivée pour un final en tête à tête vers Lienz. Les deux hommes ne se sont alors pas quittés d’une roue jusqu’aux 700 derniers mètres, en montée. Le Haut-Saônois a pris soin de maintenir son adversaire le long des barrières, puis s’est facilement dressé sur les pédales lorsque ce dernier a progressivement haussé l’allure dans les 300 derniers mètres. Puis, dans la courbe finale, à 150 mètres du but, Thibaut Pinot a sans aucune difficulté pris l’extérieur et laissé sur place son ultime rival. Son ultime obstacle. Un dernier coup d’œil à 50 mètres de la ligne lui a permis de s’assurer que le tunnel était bel et bien terminé. Que la lumière jaillissait enfin sur lui. Et que la victoire était de nouveau sienne, près de trois ans plus tard… « C’est un vrai soulagement pour moi de lever les bras, encore plus sur le Tour des Alpes qui est mon épreuve préférée, soufflait Thibaut. C’est quelque chose de très fort, surtout après ce qui s’est produit hier. Mais je me nourris tellement de mes échecs… Chaque échec me donne de la force. J’étais transcendé aujourd’hui. Je n’ai pas loupé une échappée, j’étais à fond toute la journée. Il pleuvait, il faisait froid mais je n’ai rien senti. Rien ne pouvait m’arriver ».

La cruelle désillusion du jeudi a donc été suivie de la magnifique résurrection du vendredi, et chacun mesurait bel et bien la signification de cette victoire. « C’est une vraie délivrance, car il a passé tant de mois compliqués à douter, commentait Thierry. Cela prouve aussi que quand on est un champion, on le reste. Il avait confiance en lui, il devait juste tirer un trait sur ces deux dernières années. Depuis l’étape de Nice au Tour, tout était devenu compliqué pour lui et c’est pratiquement une deuxième partie de carrière qui s’ouvre pour lui aujourd’hui. La page est vraiment tournée, la marche avant est enclenchée, et on est reparti pour voir du très bon Pinot ! Il sait qu’il a encore de belles choses à faire, et l’envie ne manque pas. Sans prétention, quand j’ai su qu’il était devant, j’étais pratiquement sûr qu’il allait claquer. Il avait tellement la rage et la hargne que ça ne pouvait pas lui échapper une fois de plus ». « On va enfin arrêter de me parler de mes mille et quelques jours sans gagner, souriait Thibaut. Cela va me libérer d’un poids. Je sais que je suis de nouveau capable de gagner de belles courses. C’est important de passer à autre chose maintenant, et de gagner d’autres courses. Je veux dédier cette victoire à tous ceux qui m’ont soutenu. Aujourd’hui, c’est aussi l’anniversaire de mon père, et j’espère qu’il sera content de ce cadeau ».

« Une journée exceptionnelle », Michael Storer

Un cadeau qu’il a également offert à l’équipe, qui a ainsi accroché sa deuxième victoire de la saison ce vendredi. Mais les hommes de Thierry Bricaud sont aussi repartis avec d’autres résultats notables. En étant le seul à accompagner Romain Bardet, vainqueur final, Michael Storer s’est doté de la deuxième place du classement général, alors qu’Attila Valter a lui joliment bataillé pour accrocher la cinquième. « C’est incroyable, c’est littéralement une journée parfaite pour nous, s’exclamait Michael à l’arrivée. On n’aurait pas pu espérer davantage. Dans le final, j’ai été agréablement surpris de voir que beaucoup de coureurs perdaient contact alors que je me sentais encore bien. Je me suis retrouvé avec mes deux anciens coéquipiers. Reprendre quatorze secondes à Bardet était mission impossible. Je savais par contre que je pouvais reprendre une seconde à Arensman pour monter sur la deuxième marche du podium. J’ai tout mis jusqu’à la ligne ! J’ai connu un hiver et un début de saison compliqués, je ne m’attendais pas à monter sur le podium du Tour des Alpes, je suis vraiment content. C’est une journée exceptionnelle »« C’est une belle satisfaction, confirmait Thierry. On en avait deux dans le top-10 ce matin et on s’était dit qu’il ne fallait rien s’interdire. Michael aime plutôt bien ces conditions, et il l’a montré. Attila a fait une belle montée aussi. Mettre deux coureurs dans le top-5, dont un sur le podium, en plus d’aller chercher l’étape, ça clôture une belle semaine. Attila repart complètement boosté, motivé, en sachant qu’il est prêt pour le Giro. Michael trouve lui ses marques dans l’équipe, il monte en puissance et va enchaîner avec le Tour de Romandie, une course qui lui convient parfaitement aussi. Où il retrouvera Thibaut ». En guise d’ultime cerise sur le gâteau, l’Équipe cycliste Groupama-FDJ a remporté le classement par équipes du Tour des Alpes, au terme d’un dernier acte qui aura vu Reuben Thompson prendre la 20e place du jour et Lenny Martinez conforter son top-15 au général. Une belle journée, de bout en bout.

— Alexandre to www.equipecycliste-groupama-fdj.fr