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Thibaut Pinot termine sur une très bonne note

Le Tour de Romandie 2022 s’est refermé ce dimanche après-midi à l’issue d’un contre-la-montre en bosse entre Aigle et Villars. Sur les quinze kilomètres du tracé, dont dix d’ascension, Thibaut Pinot a signé une très belle performance pour venir clôturer sa semaine de course. Le grimpeur franc-comtois a ainsi pris la sixième place de l’épreuve chronométrée, remontant par la même occasion à la treizième place du classement général remporté par Aleksandr Vlasov. Dans ce dernier jour de course, Sébastien Reichenbach a lui glissé au quinzième rang du classement.

« Ça donne beaucoup d’envie », Thibaut Pinot

C’était une deuxième arrivée au sommet consécutive qui était au programme du Tour de Romandie, ce dimanche, en guise de clôture de l’épreuve. Cette fois-ci, en revanche, c’est en solitaire que les coureurs devaient la rejoindre, après quinze kilomètres de course, dont dix de montée à 8% de pente moyenne, vers la commune de Villars. Ce chrono en bosse devait ainsi établir la hiérarchie finale au classement général, mais il était aussi un bon test à affronter pour Thibaut Pinot. Après Anthony Roux, Matteo Badilatti, et Quentin Pacher, mais avant les deux hommes les mieux placés au général, Rudy Molard et Sébastien Reichenbach, c’est donc le coureur de Melisey qui s’est élancé à 14h22. Un peu moins de vingt minutes plus tard, il s’est emparé du meilleur temps au point l’intermédiaire, situé dans la partie initiale de l’ascension. Au sommet, c’est finalement avec dix-sept secondes d’avance qu’il s’est provisoirement installé aux commandes du contre-la-montre. Son « règne » n’aura toutefois duré que très peu de temps puisque Steven Kruijswijk est venu le détrôner pour une poignée de secondes dans la foulée. Au bout du compte, néanmoins, seuls cinq coureurs du plateau auront réussi à arrêter le chronomètre plus rapidement que le récent vainqueur d’étape au Tour des Alpes, qui a alors devancé bon nombre de favoris. L’étape est finalement revenue à Aleksandr Vlasov, 1’07’’ plus rapide que Thibaut Pinot ce dimanche.

« Les sensations étaient plutôt bonnes, je l’ai fait à fond et je n’ai pas regret, commentait dans un premier temps le Haut-Saônois. Il était aussi important de me rassurer sur le contre-la-montre. Qui plus est, les chronos en côte sont assez rares, donc c’était une bonne opportunité de me mesurer aux autres. Je suis satisfait de ma journée, ça fait longtemps que je n’avais pas performé sur un chrono comme ça. Je suis monté en puissance au fur et à mesure de la course. J’ai trouvé le début de semaine assez long, je pensais vraiment à ce week-end. Hier, j’étais assez serein sur l’étape de montagne, mais j’aurais aimé que ce soit plus dur pour voir ce que j’aurais été capable de faire. Aujourd’hui, le chrono confirme que je suis en forme. C’est super de finir cette première partie de saison comme ça. C’est positif pour la suite, et ça donne beaucoup d’envie pour préparer le reste de la saison ». Grâce à sa très bonne performance du jour, Thibaut Pinot est remonté au treizième rang du général, devançant finalement son coéquipier Sébastien Reichenbach (15e), un peu plus en retrait ce dimanche. « C’était un effort très violent, je me sentais bien et j’ai fait ce que j’ai pu, confiait le local. Je ne suis pas déçu, j’ai tenu mes zones cibles tout le long. Je pense que je suis à ma place, il y a des spécialistes pour ce genre d’efforts. Au global, je pense avoir fait un bon Tour de Romandie, j’ai pu me faire plaisir ».

« Thibaut se rapproche petit à petit de son meilleur niveau », Philippe Mauduit

Leader du classement par équipes samedi soir, l’Équipe cycliste Groupama-FDJ a finalement glissé en troisième position au terme du week-end. Elle ne repart malheureusement pas non plus du territoire helvète avec un top-10 au général ou une victoire d’étape. « On espérait un peu mieux pour Seb et Rudy aujourd’hui, mais on sait aussi que l’un et l’autre ont beaucoup couru récemment, déclarait Philippe Mauduit. C’était la dernière course de leur première partie de saison, il est maintenant l’heure de recharger les batteries. Pour Thibaut, c’est plutôt encourageant. On s’aperçoit surtout qu’il est régulier dans son niveau de performance. Il se rapproche petit à petit de son meilleur niveau. C’est un bon enseignement. On voit qu’il y a une continuité dans sa progression. Certains pouvaient dire que le Tour des Alpes n’était pas WorldTour, or le Tour de Romandie l’est. Pouvoir terminer à trois secondes de la quatrième place d’un chrono comme celui-là est signe d’un très beau niveau de performance. Tout ne se traduit pas encore par de grands résultats, mais il y a dans ce qu’il produit des indicateurs qui ne trompent pas. Au global, cela reste une semaine mitigée, avec du bon et du moins bon. Les garçons s’attendaient, il est vrai, à une course plus difficile. Nous aussi, pour être honnêtes. Ils s’en seraient mieux sortis si ça avait été le cas, mais il ne faut pas se cacher derrière ça. On doit mieux faire ! »

— Rodolphe Boulinguez to www.equipecycliste-groupama-fdj.fr

Thibaut Pinot et Sébastien Reichenbach avec les meilleurs au sommet de Zinal

L’étape reine du Tour de Romandie, ce samedi, aura bienprovoqué quelques dégâts. Mais sans doute pas autant que certains l’espéraient. Malgré une belle dose de dénivelé positif et de nombreuses ascensions répertoriées, c’est en effetun sprint entre les principaux favoris qui a conclu la journée au sommet de Zinal. En jambes, Thibaut Pinot s’est mêlé à la bagarre dans les derniers hectomètres mais a dû se contenter d’une cinquième place. Son coéquipier Sébastien Reichenbach (8e) a terminé dans le même temps, et grimpe à la septième place du classement général à la veille du chrono en côte de clôture. 

« J’avais de bonnes jambes », Thibaut Pinot

Sur le papier, le morceau s’annonçait coriace. En guise de grande étape de montagne, le Tour de Romandie avait concocté un quatrième acte de 180 kilomètres cumulant plus de 4000 mètres de dénivelé positif ce samedi. Tout commençait sur les coups de onze heures depuis Aigle, où est installé le Centre Mondial du Cyclisme. Il n’a pas fallu patienter bien longtemps pour voir l’échappée du jour se développer avec pas moins de douze hommes. Quinten Hermans (Intermarché-Wanty Gobert), Oscar Rodriguez (Movistar), James Know (Quick Step-Alpha Vinyl), Ion Izagirre (Cofidis) et quelques autres ont très vite pu prendre leurs distances et se construire un avantage de près de quatre minutes avant d’attaquer la première ascension du jour, après 60 kilomètres. À cette occasion, le peloton s’est quelque peu rapproché, mais cela a été d’autant plus flagrant lorsque les coureurs ont atteint le pied de la deuxième difficulté vers Les Pontis. La formation Bahrain-Victorious a ainsi tenté de faire le forcing, ramenant le peloton à moins d’une minute des fuyards, avant de finalement interrompre son entreprise. Un coup d’épée dans l’eau qui a été suivi par une temporisation. Alors, au moment de plonger vers « l’ascension finale », se décomposant en plusieurs paliers, les rescapés de l’échappée retrouvaient une marge décente d’environ trois minutes. 

Ce n’est qu’à l’approche de la deuxième montée des Pontis, premier palier de l’ascension finale, que le paquet s’est véritablement remis en marche. L’écart s’est logiquement réduit et l’Équipe cycliste Groupama-FDJ n’y était pas étrangère puisque Matteo Badilatti a passé quelques solides relais. Au moment d’entamer la dernière ascension répertoriée, Izagirre et Rodriguez ne disposaient plus que d’une minute de marge et le peloton, de plus en plus émietté, a fini par les avaler à huit bornes du but. Rudy Molard, Thibaut Pinot et Sébastien Reichenbach figuraient alors encore dans un groupe de favoris composé d’à peine vingt unités. Dans les rampes finales, menant à Zinal, la Jumbo-Visma du leader Rohan Dennis a gardé la mainmise alors qu’Einer Rubio naviguait une poignée de secondes devant. Après un ultime replat, la route s’est cabrée une dernière fois à la flamme rouge et les favoris se sont tantôt marqués, tantôt attaqués. L’attaquant colombien a été repris à 300 mètres du but et le sprint entre cadors a été lancé quelques instants plus tard. Bien positionné, Thibaut Pinot a été légèrement gêné dans sa mise en action et n’a pu prendre la roue du vainqueur Sergio Higuita, se contentant alors de la cinquième place sur la ligne. « Même s’il y avait 4000 mètres de dénivelé, on ne les a pas sentis, et c’était plutôt une étape de moyenne montagne,regrettait Thibaut. En plus de ça, il y avait du vent. C’est dommage. Le parcours est un peu frustrant mais il faut faire avec. J’avais de bonnes jambes aujourd’hui mais on ne pouvait pas faire grand-chose. On a donc décidé de miser surle sprintça s’est joué de peu, mais je suis quand même content des sensations aujourd’hui »

« Je vais faire le chrono à fond », Sébastien Reichenbach

Son coéquipier Sébastien Reichenbach a terminé dans son sillage, en huitième position, et également dans le temps du vainqueur. Sur SON étape, le grimpeur helvète a donc assuré l’essentiel. « Pour moi, l’objectif est réussi, disait-il. Étant placé au général, je devais surtout suivre les favoris. Pour l’étapeon avait Thibaut. Je l’ai vu à l’œuvre, il avait vraiment de bonnes jambes. Je pense qu’il a des regrets sur le sprint, c’est un peu la déception de la journée, mais on était encore trois coureurs dans le final. C’était une belle course d’équipe et on a fait avec le terrain du jour »« Le vent était prévu de dos ce matinil ne devait pas tourner, mais toute la montée finale s’est finalement faite vent de face, complétait Philippe Mauduit. Or, on sait comment ça se déroule dans ces cas-. S’il n’y a pas trop de pourcentages et qu’il y a en plus vent de face, il est plus compliqué de faire la différence. Mais ça fait partie de la course, il faut l’accepter. Ce qui est intéressant, en revanche, c’est de voir que l’équipe a eu un comportement collectif et qu’ils sont bien là avec les meilleurs. On a fait ce qu’on pouvait avec les conditions proposées ». Ce samedi soir, Sébastien Reichenbach pointe au septième rang du général, à trente-sept secondes de Rohan Dennis, tandis que Rudy Molard est 14e à cinquante-cinqsecondes. « J’aimerais évidemment conserver mon top 10 demain, ajoutait Sébastien. L’effort solitaire n’est pas ma discipline de prédilection, mais le fait que ce soit en côte peut m’avantager. Je ne sais pas ce que ça peut donner, mais je vais le faire à fond et on verra demain soir »« C’est jouable de conserver le top-10 pour Seb, acquiesçait Philippe. Je pense aussi que Thibaut va avoir envie de se tester sur le chrono, n’ayant pas pleinement pu s’exprimer aujourd’hui ».

— Rodolphe Boulinguez to www.equipecycliste-groupama-fdj.fr

Thibaut Pinot, la résurrection

Ce vendredi 22 avril 2022, Thibaut Pinot a définitivement entériné sa renaissance. Après plus de deux ans parsemés d’embûches, et au lendemain d’une cruelle désillusion, le grimpeur de l’Équipe cycliste Groupama-FDJ s’est relevé avec le panache d’un champion, à l’occasion de la dernière étape du Tour des Alpes. Au cours de cette journée, la plus éprouvante de la semaine, le Franc-Comtois a de nouveau intégré l’échappée, mais s’est débarrassé de la majeure partie de ses concurrents à plus de soixante kilomètres de l’arrivée. Seul David De La Cruz a pu l’accompagner jusqu’au terme de l’étape, mais au sprint, rien ne pouvait empêcher Thibaut Pinot de renouer avec ce succès tant attendu, et si salvateur. Cerise sur le gâteau, au prix d’une excellente étape, Michael Storer s’est lui hissé au deuxième rang du général, Attila Valter s’octroyant lui le cinquième.

« Cinq minutes avant le briefing, il avait déjà le masque », Thierry Bricaud

On l’avait quitté les larmes aux yeux, quelques mètres derrière la ligne d’arrivée de la quatrième étape, après être passé tout proche d’une délivrance qu’il chassait depuis des mois. La nuit a passé, dans les paisibles montagnes autrichiennes, et Thibaut Pinot est revenu plus déterminé que jamais à rompre le mauvais sort, ce vendredi. Seuls cent-quatorze kilomètres composaient le cinquième et dernier acte, mais une série de montées abruptes et une pluie battante suffisaient amplement à nourrir la difficulté de cette journée. « Je savais dès le départ que ça allait être une journée très dure, mais j’avais de très bonnes jambes et j’aime beaucoup ces conditions, racontait Thibaut. J’étais tellement dégoûté hier, et j’avais accumulé tellement de frustration, que je ne pensais qu’à cette étape depuis la nuit dernière. J’avais la rage aujourd’hui. Ce matin, j’avais le couteau entre les dents. Je n’avais qu’une envie : gagner ». « Il savait qu’il était passé à côté de quelque chose hier, mais cela pouvait aussi être un déclencheur, reprenait Thierry Bricaud. On s’est vus cinq minutes avant le briefing, et il avait déjà le masque, prêt à la bagarre. Il avait de l’envie, il avait réenclenché la marche avant. C’était bon signe. J’ai vu Thibaut arriver à 19 ans, je l’ai vu grandir, et je sais que quand il est comme ça, ça ne ment pas ». Si la motivation était présente, aussi fallait-il que les jambes le soient au lendemain d’une sacrée escapade. Mais quand un groupe de quinze hommes s’est extirpé après trente minutes de bagarre, Thierry Bricaud n’a eu que très peu de doutes : « Quand le coup est parti, Julien [Pinot] m’a dit : ‘’j’espère qu’on est représenté’’. Je lui ai dit : ‘’Je ne vois pas ce qu’il se passe, mais il est impossible qu’il ait loupé le coup : il n’a pas lâché les cinq premières places depuis le début de l’étape’’ ».

Le coureur franc-comtois était donc bel et bien en tête avant d’entamer la première difficulté du jour. Dès cette ascension, le groupe de tête s’est réduit à six hommes sous son impulsion et celle de David De La Cruz, et ces deux derniers se sont même détachés dans la bosse suivante, s’isolant donc à plus de soixante-cinq kilomètres de l’arrivée. « Personne n’était placé au général, donc le peloton a laissé partir, expliquait Thierry. C’était une étape hyper difficile, avec un enchaînement de montées raides et de descentes techniques. Sur une étape dure comme celle-ci, il n’y a pas besoin de s’encombrer des coureurs de l’échappée qui n’apportent rien ». Le Français et l’Espagnol ont donc fait le trou, et constamment conservé entre quarante secondes et une minute trente sur leurs premiers poursuivants. « Je me suis retrouvé avec De La Cruz, qui était très fort aussi, et on s’est bien entendu », commentait Thibaut. La victoire s’est petit à petit dessinée pour l’un des deux hommes, qui se sont présentés ensemble au pied de la dernière ascension, très coriace, vers Stronach (3 km à 12%). À cet instant, un léger moment de panique s’est produit lorsque le coureur de la Groupama-FDJ a été gêné par ses rapports. Le problème s’est résolu, mais ce n’était pourtant pas le seul du jour. « J’ai fait toute l’étape avec un rayon cassé », expliquait plus tard Thibaut. « Vu que ça ne faisait que monter-descendre et que les écarts n’étaient pas conséquents avec les premiers poursuivants, on ne pouvait pas faire n’importe quoi, ajoutait Thierry. On est resté sous tension toute l’étape, mais c’est à l’image de Thibaut. Avec lui, on n’a rien sans rien ».

« Ça va me libérer d’un poids », Thibaut Pinot

Oubliés les péripéties mécaniques, l’ancien vainqueur du Tour des Alpes s’est finalement décidé à tester son rival à environ deux kilomètres du sommet, lui-même situé à dix bornes du but. Les premières accélérations n’ont pas fait fléchir l’Espagnol, mais après une énième estocade, Thibaut Pinot est parvenu à prendre ses distances. Le regard fixe et la gueule ouverte, il s’est employé pour basculer avec une dizaine de secondes d’avance. Cela n’a pour autant pas suffi à repousser définitivement David De La Cruz, qui est ainsi rentré à cinq kilomètres de l’arrivée pour un final en tête à tête vers Lienz. Les deux hommes ne se sont alors pas quittés d’une roue jusqu’aux 700 derniers mètres, en montée. Le Haut-Saônois a pris soin de maintenir son adversaire le long des barrières, puis s’est facilement dressé sur les pédales lorsque ce dernier a progressivement haussé l’allure dans les 300 derniers mètres. Puis, dans la courbe finale, à 150 mètres du but, Thibaut Pinot a sans aucune difficulté pris l’extérieur et laissé sur place son ultime rival. Son ultime obstacle. Un dernier coup d’œil à 50 mètres de la ligne lui a permis de s’assurer que le tunnel était bel et bien terminé. Que la lumière jaillissait enfin sur lui. Et que la victoire était de nouveau sienne, près de trois ans plus tard… « C’est un vrai soulagement pour moi de lever les bras, encore plus sur le Tour des Alpes qui est mon épreuve préférée, soufflait Thibaut. C’est quelque chose de très fort, surtout après ce qui s’est produit hier. Mais je me nourris tellement de mes échecs… Chaque échec me donne de la force. J’étais transcendé aujourd’hui. Je n’ai pas loupé une échappée, j’étais à fond toute la journée. Il pleuvait, il faisait froid mais je n’ai rien senti. Rien ne pouvait m’arriver ».

La cruelle désillusion du jeudi a donc été suivie de la magnifique résurrection du vendredi, et chacun mesurait bel et bien la signification de cette victoire. « C’est une vraie délivrance, car il a passé tant de mois compliqués à douter, commentait Thierry. Cela prouve aussi que quand on est un champion, on le reste. Il avait confiance en lui, il devait juste tirer un trait sur ces deux dernières années. Depuis l’étape de Nice au Tour, tout était devenu compliqué pour lui et c’est pratiquement une deuxième partie de carrière qui s’ouvre pour lui aujourd’hui. La page est vraiment tournée, la marche avant est enclenchée, et on est reparti pour voir du très bon Pinot ! Il sait qu’il a encore de belles choses à faire, et l’envie ne manque pas. Sans prétention, quand j’ai su qu’il était devant, j’étais pratiquement sûr qu’il allait claquer. Il avait tellement la rage et la hargne que ça ne pouvait pas lui échapper une fois de plus ». « On va enfin arrêter de me parler de mes mille et quelques jours sans gagner, souriait Thibaut. Cela va me libérer d’un poids. Je sais que je suis de nouveau capable de gagner de belles courses. C’est important de passer à autre chose maintenant, et de gagner d’autres courses. Je veux dédier cette victoire à tous ceux qui m’ont soutenu. Aujourd’hui, c’est aussi l’anniversaire de mon père, et j’espère qu’il sera content de ce cadeau ».

« Une journée exceptionnelle », Michael Storer

Un cadeau qu’il a également offert à l’équipe, qui a ainsi accroché sa deuxième victoire de la saison ce vendredi. Mais les hommes de Thierry Bricaud sont aussi repartis avec d’autres résultats notables. En étant le seul à accompagner Romain Bardet, vainqueur final, Michael Storer s’est doté de la deuxième place du classement général, alors qu’Attila Valter a lui joliment bataillé pour accrocher la cinquième. « C’est incroyable, c’est littéralement une journée parfaite pour nous, s’exclamait Michael à l’arrivée. On n’aurait pas pu espérer davantage. Dans le final, j’ai été agréablement surpris de voir que beaucoup de coureurs perdaient contact alors que je me sentais encore bien. Je me suis retrouvé avec mes deux anciens coéquipiers. Reprendre quatorze secondes à Bardet était mission impossible. Je savais par contre que je pouvais reprendre une seconde à Arensman pour monter sur la deuxième marche du podium. J’ai tout mis jusqu’à la ligne ! J’ai connu un hiver et un début de saison compliqués, je ne m’attendais pas à monter sur le podium du Tour des Alpes, je suis vraiment content. C’est une journée exceptionnelle »« C’est une belle satisfaction, confirmait Thierry. On en avait deux dans le top-10 ce matin et on s’était dit qu’il ne fallait rien s’interdire. Michael aime plutôt bien ces conditions, et il l’a montré. Attila a fait une belle montée aussi. Mettre deux coureurs dans le top-5, dont un sur le podium, en plus d’aller chercher l’étape, ça clôture une belle semaine. Attila repart complètement boosté, motivé, en sachant qu’il est prêt pour le Giro. Michael trouve lui ses marques dans l’équipe, il monte en puissance et va enchaîner avec le Tour de Romandie, une course qui lui convient parfaitement aussi. Où il retrouvera Thibaut ». En guise d’ultime cerise sur le gâteau, l’Équipe cycliste Groupama-FDJ a remporté le classement par équipes du Tour des Alpes, au terme d’un dernier acte qui aura vu Reuben Thompson prendre la 20e place du jour et Lenny Martinez conforter son top-15 au général. Une belle journée, de bout en bout.

— Alexandre to www.equipecycliste-groupama-fdj.fr

Une issue déchirante pour Thibaut Pinot

Ce moment qu’il attendait depuis si longtemps était à portée de main… À un kilomètre près, Thibaut Pinot retrouvait ce jeudi le goût de la victoire, – le seul qui compte, comme le lui rappelle constamment son tatouage au bras droit. Lors de la quatrième étape du Tour des Alpes, le grimpeur franc-comtois s’est d’abord battu pour intégrer l’échappée du jour, dont il s’est plus tard montré le plus fort dans l’ascension finale. Toutefois, la proximité du peloton a permis à Miguel Angel Lopez de le rattraper sous la flamme rouge, puis de le distancer. Le vainqueur du Tour de Lombardie a dès lors hérité d’une deuxième place « crève-cœur » sur la ligne, mais il a assurément pris rendez-vous.

Ce jeudi, le Tour des Alpes entrait en territoire autrichien. Ceci après seulement quinze kilomètres de course depuis le départ donné de Villabassa, dans cet avant-dernier acte. Au moment de franchir la frontière, une échappée de onze coureurs se dessinait d’ailleurs déjà devant le peloton, mais sans membre de l’Équipe cycliste Groupama-FDJ. « On avait décidé d’attendre car le premier col arrivait au bout de vingt kilomètres, exposait Thierry Bricaud. On ne pouvait pas se permettre d’attaquer à tout-va. Attila, Michael et Lenny n’auraient pas eu de bon de sortie, étant placés au général, et il ne nous restait donc que Thibaut, Matteo et Reuben. J’avais d’ailleurs demandé à Reuben d’essayer de filtrer un peu et de rouler si besoin dans la vallée afin que l’échappée ne prenne pas trop de temps. C’est ce qu’il a essayé de faire. Thibaut et Matteo sont alors ressortis dans la bosse, mais tout est rentré dans l’ordre au sommet, après trente kilomètres. Il y a ensuite une descente sur une route un peu pourrie et il y a eu une grosse chute. On est miraculeusement passé à travers. Le peloton a ensuite temporisé pendant un moment, afin que tout le monde revienne ». La course a repris de plus belle après soixante bornes, et Thibaut Pinot a réussi à intégrer un groupe de quinze hommes qui a fait le trou. « Prendre l’échappée n’a pas été simple, j’y ai laissé pas mal de cartouches, confiait l’intéressé. J’avais loupé l’échappée de peu hier, j’étais très frustré, donc j’étais vraiment revanchard aujourd’hui. Une fois que j’y étais, le plus dur était fait ». « Il était bien attentif, mais il nous a peut-être manqué un coureur devant pour l’aider, glissait Thierry. Cela aurait été royal ».

« Ça m’aurait vraiment fait du bien de gagner », Thibaut Pinot

D’autant plus que l’attitude du peloton n’a jamais véritablement été laxiste. L’écart est certes monté jusqu’à 2’30, mais c’est bien le maximum qui a été accordé par les équipiers du leader Pello Bilbao. « C’était compliqué dans l’échappée, ça roulait très mal et on n’a donc jamais eu beaucoup d’avance, spécifiait Thibaut. L’entente n’était pas très bonne, et c’est pour cette raison qu’on avait si peu d’avance au pied du dernier col ». « On voulait nous que le groupe vive bien, mais quand il y a Thibaut Pinot dans une échappée, quand bien même on sait qu’il n’est pas encore à 100%, il focalise malgré tout beaucoup l’attention, argumentait Thierry. C’est d’ailleurs normal. Du coup, ça s’est regardé un peu à l’approche de la bosse finale, ça s’est monté un peu dessus, et ces quelques secondes perdues dans la vallée ont été préjudiciables ». Au pied de l’ascension de treize kilomètres, par paliers, vers l’arrivée, un quatuor s’est même détaché de l’échappée. Thibaut Pinot n’a débuté la montée qu’une dizaine de secondes plus tard, avec le peloton menaçant seulement une minute derrière. Dans les pentes les plus difficiles, le Franc-Comtois a tenté de manœuvrer au mieux, de remonter progressivement, et a finalement décroché tous ses adversaires un à un pour se retrouver en solitaire à dix bornes du but. Au moment d’entamer des portions plus roulantes, son avantage n’était toutefois que d’une quarantaine de secondes. « Quand je me suis retrouvé seul en tête, j’ai repensé aux deux dernières années, expliquait-il. C’est ce qui m’a donné de la force pour aller au-delà de la souffrance, car honnêtement, ce n’était que ça à ce moment-là. Les dix derniers kilomètres étaient très, très longs ».

À seulement quatre bornes de la ligne, l’écart s’est réduit à trente secondes et Miguel Angel Lopez a alors surgi du peloton pour prendre en chasse le grimpeur tricolore. La marge s’est rétrécie au fil des hectomètres, malgré les relances incessantes de Thibaut Pinot, mais le Colombien, plus frais, est bien parvenu à revenir sous la flamme rouge. Au contre immédiat de son adversaire, le leader de la Groupama-FDJ a tenté de répondre en serrant les dents, mais a dû se résoudre à le laisser filer à 700 mètres de l’arrivée. Au terme d’un final aussi haletant que déchirant, Thibaut Pinot a de fait dû se « contenter » d’une deuxième place, qui lui a d’abord fallu digérer. « Ce soir, il y a surtout de la déception de passer si près de la victoire, confiait-il plus tard, à tête reposée. Ça se joue à des détails. Avec 5-6 secondes de plus en bas de la dernière bosse, ça aurait pu le faire… C’est frustrant ». « Thibaut a fait une très belle montée, il n’y a rien à dire, assurait Thierry. Il a su bien gérer son effort, mais il y avait des parties qui étaient relativement favorables au peloton. Il a juste manqué un Thibaut à 100%, qu’il n’est pas encore aujourd’hui. On va retenir qu’il n’était pas impérial il y a encore une semaine, mais que ça revient maintenant tout doucement. C’est la bonne nouvelle du jour ». Le Haut-Saônois enchaînait : « Il y a forcément du positif, mais ça m’aurait vraiment fait du bien de gagner. J’ai repensé à tout ce que j’ai traversé, mais malheureusement, ça ne l’a pas fait. Je vais être patient. Je sais que beaucoup attendent ma prochaine victoire. Moi aussi, et ce sera un tel soulagement quand je gagnerai de nouveau que rien ne sera plus jamais pareil ».

« C’est un champion, et ces gènes-là, il ne les a pas perdus », Thierry Bricaud

« C’est normal qu’il soit touché, reprenait Thierry, car Thibaut reste un gagneur. Il sait qu’il n’est pas passé loin d’avoir une vraie éclaircie après deux ans de galère. Je comprends sa frustration mais je reste personnellement convaincu qu’on va retrouver le vrai Thibaut dans peu de temps. C’est une évidence au vu de ce qu’il a montré aujourd’hui. On ne fait pas ce qu’il a fait dans la montée finale par hasard. C’est un champion, et ces gènes-là, il ne les a pas perdus. J’ai vu une esquisse de sourire chez lui tout à l’heure, il sait qu’il est sur la bonne voie. Il a maintenant besoin d’une victoire pour conforter cela, mais on s’y dirige tout doucement ». Quelques secondes derrière Thibaut Pinot, un petit peloton de favoris incluant Attila Valter (10e) et Michael Storer (14e) en a terminé à quinze secondes du lauréat. Le Hongrois reste donc troisième du classement général, à douze secondes du leader, à la veille du combat final autour de Lienz. « Demain, ce sera à mon avis une étape pour le général, mais si Thibaut a bien récupéré et qu’il a de bonnes jambes, il pourra peut-être jouer, d’autant qu’il a une marge de manœuvre, concluait Thierry. Le gros paramètre sera la météo, car les conditions sont annoncées difficiles. Ça va changer la donne. L’étape sera concentrée, avec pas mal de difficultés, courtes, mais avec de gros pourcentages. Je ne perds pas de vue qu’on est troisième du général avec Attila, que Michael est dans le coup aussi, et que Lenny (14e) est également en embuscade. Ce sera dur demain, mais il y a encore des choses à aller chercher ».

— Alexandre to www.equipecycliste-groupama-fdj.fr

David Gaudu et Thibaut Pinot entrevoient la victoire

À l’occasion d’une deuxième étape très accidentée ce mercredi sur les routes du Tour de Luxembourg, David Gaudu et Thibaut Pinot ont émergé parmi les tous meilleurs coureurs du plateau. Dans l’ultime difficulté du jour, le Breton et le Franc-Comtois se sont isolés avec une poignée d’hommes et ont tour à tour tenté d’attaquer. Ils n’ont néanmoins pu reprendre Marc Hirschi, sorti avec un coup d’avance. À l’arrivée, David Gaudu s’est alors adjugé la troisième place et Thibaut Pinot la sixième, les portant respectivement aux troisième et quatrième rangs du général.

« Attila marche vraiment bien », Sébastien Joly

Dès mardi après-midi, au terme de la première étape, Thibaut Pinot comparait le deuxième acte du Tour de Luxembourg « à une étape de moyenne montagne ». Il faut dire que le programme du jour était riche en dénivelé : 3300 mètres, pour être précis. Ceci à travers 186 kilomètres et d’incessantes montées/descentes. Plus particulièrement, c’est la côte d’Eschdorf (3,1 km à 7,2 %), à effectuer trois fois dans les cinquante derniers kilomètres, qui devait être le théâtre des principaux mouvements. Avant d’aller chercher le circuit final, néanmoins, c’est une échappée de quatre hommes qui a animé les débats pendant plus de cent kilomètres. Sebastian Schönberger (B&B Hotels p/b KTM), Kenny Molly (Bingoal-Pauwels Sauces), Adam de Vos (Rally Cycling) et Kamil Gradek (Vini Zabu) ont ainsi eu l’opportunité d’aborder la première montée d’Eschdorf en tête, mais le peloton s’est alors vivement rapproché sous la houlette de l’Équipe cycliste Groupama-FDJ. « On avait prévu au briefing de durcir lors du premier passage de la bosse, expliquait plus tard Thibaut Pinot. Les gars ont fait un super boulot, que ce soit Matthieu et Bruno dans un premier temps, ou Attila dans les bosses. Il a fait un gros écrémage qui a permis de décanter la course ». « On sait qu’Attila est en capacité de faire du très bon travail, reprenait Sébastien Joly. C’est ce qu’il a prouvé aujourd’hui. Il marche vraiment bien. Je pense que le Tour de Pologne et le Benelux Tour lui ont fait du bien. On peut être très satisfaits de son travail. Après le premier passage, ils n’étaient d’ailleurs plus qu’une petite vingtaine dans le premier peloton ».

Au moment de franchir la ligne, seulement une minute séparait alors le quatuor de tête du paquet, qui récupérait quelques éléments de l’arrière en raison d’un léger moment de temporisation. « La bonne surprise est que Bruno, qui avait roulé auparavant, a réussi à accrocher le groupe et reprendre les commandes dans la foulée, précisait Sébastien. Tout le monde a apporté sa pierre à l’édifice aujourd’hui. Ensuite, on a demandé à Attila de refaire la même chose au deuxième tour. Il a de nouveau durci, même si les autres équipes ont un peu pris la relève par la suite ». L’avant-dernier passage a ainsi réduit le peloton à une petite trentaine d’hommes, le tout aussi dû à un relais appuyé de Sébastien Reichenbach et à des conditions climatiques pour le moins capricieuses. À l’entrée dans les vingt derniers kilomètres, Anthony Turgis (TotalEnergies) s’est isolé en tête de course mais le peloton l’a toujours maintenu sous les trente secondes, et s’est même rapproché à dix secondes au pied de la dernière, et décisive, ascension d’Eschdorf. « C’était une explication entre les gros, résumait Sébastien Joly. Dans la dernière bosse, Hirschi est sorti dès le pied avec Formolo et Quintana. Il les a fait péter et on était juste derrière ». « C’était une très belle arrivée, assurait David. Ils sont montés très très fort au pied, et je me doutais qu’Almeida allait temporiser pour tamponner les attaques, donc on est restés avec lui. Je pensais ensuite avoir la patte pour rentrer sur Hirschi, mais il ne m’a pas manqué grand-chose ».

« On reste en embuscade », Thibaut Pinot

Alors que Marc Hirschi s’envolait seul à deux kilomètres du but, David Gaudu permettait d’abord la jonction avec les intercalés, avant de lancer une nouvelle offensive. Quelques hectomètres plus loin, Thibaut Pinot s’est aussi essayé à une accélération, mais les deux leaders de la Groupama-FDJ n’ont pu distancer les trois coureurs qui les accompagnaient, dont le maillot jaune Joao Almeida. Hirschi n’a donc pu être revu avant la flamme rouge et le dernier kilomètre plat, s’adjugeant donc la victoire du jour huit secondes devant les poursuivants. « Hirschi était un cran au-dessus, mais Thibaut et David se sont bien accrochés, assurait Sébastien. Thibaut s’est mis au service de David dans le final pour essayer de limiter l’écart et ils terminent troisième et sixième. Ça va dans le bon sens ». « C’était une course difficile dans des conditions difficiles, et Hirschi était peut-être simplement plus fort aujourd’hui, confiait David, également troisième du général ce mercredi soir. On n’a pas spécialement de regrets à avoir. On a tenté le tout pour le tout et ça n’a pas marché. C’est dommage ». « On reste malgré tout en embuscade, complétait encore Thibaut, pour sa part quatrième du général. Il y a encore de belles étapes et surtout un beau chrono vendredi, où j’espère personnellement réaliser une belle performance pour m’assurer une bonne place au général ».

Après deux étapes, David Gaudu pointe à dix-neuf secondes du nouveau maillot jaune Marc Hirschi, et Thibaut Pinot à vingt-trois. Jeudi, la troisième étape vers Mamer semble sur le papier moins propice à des écarts. La dernière bosse répertoriée sera en effet franchie à quarante-cinq kilomètres de la ligne.

— Rodolphe Boulinguez to www.equipecycliste-groupama-fdj.fr